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Chère Mariana

L’avenir des femmes soulève en moi un sentiment perplexe. 

Que ce soit par des commentaires subtils du quotidien ou bien par le catcalling lorsque je marche dehors. Trouver la spontanéité et la répartie pour couper court à ces situations sexistes est un défi pour moi. D’ailleurs, ce sentiment s’est amplifié au cours des années. À cette accumulation s’ajoute aussi les situations que je perçois dorénavant sous un nouvel angle. 

Il y a des jours où je n’ai pas envie de sortir de ma zone de confort et d’user de créativité pour expliquer mon point. Que je n’ai pas envie de réguler ma colère pour répondre calmement à une personne qui fait preuve de double standard. 

Quand j’ai envie de prendre congé, de me sentir comprise sans faire d’effort, je m’exile dans un espace créé par des personnes inspirantes, audacieuses et militantes. Je m’inspire des réalisations d’Emma, qui est entre autre connue pour sa BD sur la charge mentale Fallait demander et d’autres livres comme Culottées de Pénélope Bagieu. 

Dans le cadre de mon parcours d’intervenante psychosociale, je retiens que la meilleure intervention est celle qu’on ne fait pas. C’est exactement ce que tu appliques par ta présence sur scène, en entrevue et par tes choix. Tu partages une force incroyable qui invite à garder la tête haute, d’être fière de soi et d’aller de l’avant. 

Lors de ton passage à La semaine des 4 Julie, j’ai été émue par les confidences que tu as partagé au public. Tu as évoqué la période de ta vie où ta mère a vécu de la violence conjugale ainsi que la façon dont elle s’en est sortie. 

Et puis tu as dit : «Je suis fière des femmes qui vivent ça, de constater que les femmes, on est vraiment plus fortes qu’on le pense, vraiment plus fortes». Ça m’a fait tellement de bien de voir une personnalité publique qui aborde ce fléau de société d’une façon aussi juste. 

D’autre part, il arrive que les médias dépeignent les femmes vivant de la violence conjugale en utilisant le terme « femmes battues ». À mon avis, associer la violence conjugale à un coup de poing, c’est aussi représentatif que d’associer la pédophilie à un homme nu sous un imperméable beige dans une ruelle. C’est-à-dire une image éloignée de la réalité. 

La violence conjugale, ce n’est pas uniquement la violence physique. C’est la violence psychologique, verbale, économique, sexuelle et sociale. 

Lorsque j’étais en « couple » avec un homme violent psychologiquement, auquel je ne manquais pas de répliquer de façon pacifique, il me répondait sans cesse « ferme ta yeule ». Un jour, alors que j’étais fatiguée de constamment me défendre de ses insultes, je lui ai dit : « Je me demande ce que tu ferais si ta blonde était Mariana Mazza ». Il a répondu d’un air décontenancé, par un regard que lui non plus ne saurait pas ce qu’il ferait. 

J’avais envie de préciser que si Mariana Mazza lui répliquait, il aurait tellement honte de lui-même, que c’est lui qui aurait fermé sa yeule pour de bon. Il aurait réellement perdu tout sens de la répartie. 

Aujourd’hui, cette histoire avec cet homme -ou devrais-je dire cet enfant dans un corps d’homme- est définitivement terminée. Il ne me reste qu’à composer avec le souvenir des insultes dégradantes qui reviennent tourner en boucle dans ma tête. 

Crédit photo: Mariana Mazza et France Beaudoin, à l’émission Pour emporter

Lors de l’émission Pour emporter, tu as dit: « Tout ce que je dégage n’est pas ce que je suis en profondeur ». Je me suis vraiment reconnue dans cet phrase. J’ai parfois la sensation d’être à mille lieux de ce que je projette. Je suis celle qui préfère regarder la parade au lieu d’y participer, qui préfère écouter les autres au lieu de parler d’elle-même. 

Pourtant, c’est très loin du résultat que j’ai réellement envie de créer. Et quand je suis témoin à distance de ta façon d’être, de ta détermination et ton audace, j’ai envie de renverser la vapeur. 

Par la façon que tu as de te choisir en premier et de répandre cette soif de repousser les limites. Par ta prise de parole dans les médias, autant avec ta force que ta vulnérabilité, tu me rappelles que nous avons le droit de se mettre debout et d’élever la voix pour être entendues. 

En t’écoutant, je retrouve des fragments de l’enthousiasme de mes 18 ans, quand on se dit que tout est possible. La peur et le doute s’effacent pour laisser place à un sentiment de réconfort et à la liberté de devenir la personne qu’on veut vraiment être. Tu as cette capacité à contaminer positivement les autres sur ta route et de partager des doses de confiance illimitées.

Merci Mariana 

Crédit photo couverture: Émission Premières fois