Sélectionner une page

Partie 2 de 2   *Ex-amoureux

Octobre 2018, cette année, nous n’avons pas pris de passeports-saison. Mon chum est retourné aux études et je comprends que son budget soit restreint. J’ai l’habitude de faire du troc (échange d’objets) et j’ai trouvé une personne qui a son passeport-saison et qui m’offre deux billets pour la journée. Elle me prête même sa bouteille réutilisable afin que nous ayons accès aux breuvages gratuits de façon illimitée.

J’ai pris beaucoup de temps pour organiser l’échange afin qu’elle soit autant satisfaite que je le suis. Quelques jours auparavant, elle est venue chez moi. Je lui ai offert plusieurs produits provenant du dumpster diving (pains, yaourts, pesto, etc) ainsi que des vêtements griffés, des accessoires de cuisine de qualité et même un joli sac à main.

Jour J : Mon chum et moi passons les tourniquets de l’entrée à 11h00 et on se dirige vers le Vampire. Nous avons ça en commun, on aime les montagnes russes! C’est le début de la journée, donc il n’y a pas beaucoup de monde. Peu d’attente pour embarquer à bord, c’est super agréable.

Je suis sur un nuage, tout sourire. Je lui fais des câlins, je me sens tellement bien! Je trippe tellement de me retrouver avec mon amoureux dans un lieu rempli de souvenirs d’enfance! Après le Vampire, je regarde du coin de l’œil le Disco Ronde. « Ça tourne trop pour moi lui dis-je ». On choisit donc l’Orbite. Nous marchons en direction du manège…

Tout d’un coup, il est davantage pensif et silencieux, comme s’il cherchait quelque chose dans ses pensées. Au fil du temps, je réaliserai que lorsque je suis trop de bonne humeur, il cherche une façon de me mettre à terre psychologiquement, et pour ça, c’est un professionnel.

Il commence à me parler de dumpster diving. Depuis plusieurs mois déjà, je trouve des fruits, des légumes, des noix, des yogourts et j’en passe, dans les poubelles des commerces. C’est rapide, écologique et surtout gratuit! Il me demande pourquoi je ne lui ai pas gardé de la nourriture gratuite pour lui? Il se fâche après moi subitement. Il aurait voulu que je lui donne une partie de la nourriture que j’ai trouvée dans les semaines précédentes. Je ne comprends pas sa réaction sortie de nulle part.  

11h20: C’est maintenant notre tour de faire l’Orbite. Je ne peux pas dire que j’ai eu du plaisir, même si c’est l’un de mes manèges préférés. Ses déversements de colère m’affectent au plus haut point. En sortant du manège, il me crie après. Il utilise la situation du dumpster diving et de la nourriture qu’il aurait voulu que je lui donne pour justifier sa colère.

J’ai beau lui expliquer que je ne comprends pas sa réaction, que je n’apprécie pas du tout la façon dont il me parle, que ça me ferait plaisir de partager la nourriture que je trouve dans le futur, et qu’il est inutile de me parler ainsi. Ça ne change rien.

Il hurle de plus belle : « Va remplir la bouteille de liqueur »! Il s’agit de la bouteille réutilisable que l’on peut remplir gratuitement. Je déteste quand il me donne des ordres. La haine et le mépris se dessinent sur son visage. Je lui réponds que je n’irai pas, il peut y aller lui-même.

Dans sa tête, il a la conviction que je dois me faire pardonner de ne pas lui avoir gardé de la nourriture suite à mes cueillettes de dumpster diving. Ainsi, en m’ordonnant d’aller remplir la bouteille de boisson gazeuse, ce serait ma façon de me faire pardonner à ses yeux.

Il pointe le kiosque à pizza qui se trouve en diagonale et il parle très fort : Va remplir la bouteille! Je lui répète mon refus. Nous sommes rendus précisément vis-à-vis l’entrée du mini-rail ainsi que le kiosque à pizza. S’en est trop, cette fois-ci il se fâche. « Va remplir la bouteille », s’époumone-t-il! Il lance la bouteille par terre avec force! J’AI HONTE.

Autour de nous, il y a des adolescents, des parents et des enfants. Je sens à distance quelques regards dirigés vers nous. Pourquoi c’est moi qui ressens de la honte alors que c’est lui qui se comporte aussi mal? Maintenant, il m’ordonne de ramasser la bouteille. Je lui jette un regard consterné. Jamais je n’aurais pensé qu’il aurait pu avoir un tel comportement dégradant à mon égard. Je ne bouge pas, je le regarde, remplie de honte.

Un père de famille à proximité se retourne vers moi. Il me demande gentiment si cette bouteille m’appartient. Je lui réponds que oui, à voix basse. Il se penche, ramasse la bouteille et me la tend. Je le remercie. Si ce père de famille bien courtois n’avait pas été là, j’aurais fini par ramasser la bouteille moi-même, uniquement pour une raison. Il s’agissait de la bouteille que j’avais emprunté à la fille avec qui j’ai troqué les billets d’entrée pour La Ronde. Il était donc certain que j’allais lui rapporter après l’avoir utilisé.  

Alors que j’ai la bouteille en main, il me fait comprendre que maintenant on va s’en aller et que c’est totalement de ma faute. Il me regarde à peine et se dirige vers la sortie. Je déteste quand il marche trois mètres devant moi sans me regarder, comme si je n’existais pas. Je retiens mes larmes. Mon cerveau n’arrive pas à croire qu’il me traite aussi méchamment. Ses rages inventées de toute pièce. C’est tellement dommage, j’ai mis beaucoup d’efforts pour organiser cette journée et obtenir ces billets d’entrée gratuitement.

Arrivés à la sortie, juste avant de passer le tourniquet, l’employé demande si l’on veut une étampe sur la main, qui est nécessaire si l’on prévoit revenir. Je réponds à l’employé par la négative, tandis que du coin de l’œil, je le vois hésiter. Moi dans ma tête c’est officiel, il ne me fera pas niaiser ainsi, rentre et sors de La Ronde, au gré de ses impulsions de colère!

Il est 11h40, nous sortons définitivement et on se retrouve entre les deux arrêts de bus, soit destination station Jean-Drapeau ou station Papineau. Je lui fais comprendre que le retour sera plus rapide avec la deuxième option.

Alors que l’on marche vers l’arrêt d’autobus, il me dit avec mépris dans la voix, sans me regarder, comme s’il me faisait une faveur, comme s’il me donnait une permission spéciale: « C’est correct, on peut y retourner ». Je lui lance un regard noir : On ne peut pas y retourner, on n’a pas pris l’étampe, lui dis-je sèchement.

La chanson LE BRASIER d’Andréanne A. Malette met en lumière la violence conjugale:

« Parfois il se lasse, parfois il veut jouer. Il brise et puis ramasse. Et devient l’as pour déjouer les failles de son esprit mélangé »

SOS Violence conjugale : 1 800 363 9010 24 heures sur 24, 7 jours sur 7

Par courriel, délai de réponse possible de 2 jours : sos@sosviolenceconjugale.ca

Tel-Aide : 514 935 1101

Liste ressources violence conjugale

*Crédit photo couverture: La Ronde